Coccidies et coccidioses
chez la Poule


Coccidies et coccidioses chez la Poule : les moyens de lutte à la disposition de l’éleveur amateur.

Les coccidies sont des parasites microscopiques unicellulaires (protozoaires) dont le cycle de développement s’effectue en partie dans le milieu extérieur et en partie dans l’organisme d’un hôte parasité unique.
Chez la Poule, on connaît sept espèces de coccidies spécifiques que l’on ne retrouve pas chez d’autres espèces d’oiseaux ou de mammifères : le Canard, l’Oie ou la Dinde par exemple ne sont pas sensibles aux coccidies de la Poule mais ont leurs propres espèces. Les coccidies portent le doux nom d’Eimeria, plus un qualificatif spécifique de l’espèce.
La Poule se contamine par le bec en picorant au niveau du sol, de l’aliment, des végétaux et autres éléments attrayants contaminés. Le rôle vecteur de coccidies de l’eau de boisson est encore à l’étude. L’aliment ne représente habituellement pas un risque de contamination par les coccidies.
Dans l’organisme de la Poule, les coccidies se développent à l’intérieur de la paroi du tube digestif. La multiplication, parfois massive, qui s’y produit, donne lieu à la destruction des cellules de cette paroi digestive. Ceci explique les conséquences d’une infestation coccidienne : mort par hémorragie digestive, entérite par dérèglement de l’écosystème digestif, ou baisse des performances par diminution de l’efficacité de digestion.
La taille des coccidies, la durée du cycle, l’intensité de la multiplication, la localisation dans l’animal en terme de portion du tube digestif et d’implantation à l’intérieur de la paroi de ce tube digestif sont des facteurs expliquant les variations observées concernant l’intensité de la maladie, l’âge auquel la maladie survient ou les répercussions sur les performances des oiseaux.
Dans le milieu extérieur, les coccidies possèdent des formes de survie très résistantes qui les rendent très longtemps pérennes sur un site contaminé, souvent malgré les efforts de nettoyage et de désinfection opérés entre les bandes. Néanmoins, ces opérations de nettoyage et de désinfection sont capitales pour diminuer la charge des sols en formes de résistances coccidiennes et éviter qu’une bande de jeunes animaux ne soit confrontée à une dose massive de coccidies qui engendrerait une maladie aiguë, potentiellement mortelle.
Si les signes d’une coccidiose clinique chez la Poule sont souvent bien connus des éleveurs, les répercussions sur les performances d’une infestation sub-clinique ou chronique sont généralement sous-estimées. Les jeunes animaux sont a priori les plus sensibles et on définit une période à risque majeur entre 20 et 50 jours. Un jeune poulet atteint de coccidiose est souvent prostré avec la tête rentrée, les ailes pendantes, les plumes piquées au niveau du cou. Il fait parfois entendre des piaillements plaintifs et cherche la chaleur en se blottissant dans un coin, sous une source chauffante, en tas avec ses congénères. Il présente classiquement une diarrhée qui engendre une dégradation de la litière contribuant encore plus à la sensation de froid ressentie par les poulets malades. Il est possible d’observer des fientes molles à liquides, avec de l’aliment mal digéré, coiffée de mucus orange ou de sang. La mortalité est potentiellement très forte. A l’autopsie, le contenu digestif est plutôt liquide avec de l’aliment mal digéré. Les atteintes de la paroi du tube digestif sont variables et vont de lésions blanchâtres ponctiformes ou en barreau d’échelle à un boudin sanguinolent dans les caecums. Les signes extérieurs d’une coccidiose sub-clinique ou chronique sont moins nets. Il est entendu que le Gain Moyen Quotidien, soit le poids pris chaque jour par chaque poulet, n’est pas une préoccupation majeure en élevage amateur de races anciennes. Néanmoins, une coccidiose peut entraîner un retard de croissance non négligeable qui peut-être ne se rattrapera jamais, des défauts d’emplumement, un mauvais développement préjudiciable aux performances de ponte et de reproduction, une sensibilité accrue aux autres maladies. La lutte contre les coccidies et les coccidioses doit donc être une priorité même dans nos petits élevages.
Le développement d’une immunité anti-coccidienne (mise en place d’une mémoire d’autodéfense de l’organisme déjà infesté auparavant) est possible. Ceci explique en partie pourquoi les jeunes animaux sont plus sensibles ; le poussin naît exempt de coccidies et ne possède pas de défense immunitaire spécifique contre les coccidies qu’il rencontre dès le premier jour dans son environnement d’élevage. Cette immunité est spécifique, c’est-à-dire qu’elle concerne chaque espèce de coccidie individuellement.
Quelle stratégie adopter dans la lutte contre les coccidies chez la Poule ? Comme pour chaque agent pathogène, une grosse partie de la bataille se gagne par l’hygiène. On a vu que le risque de contamination des coccidies venait du sol. On ne doit jamais mettre de jeunes animaux « vierges » sur une litière ayant accueilli d’autres animaux. Avant la mis en place de chaque lot de poussins, le local de démarrage doit être débarrassé de sa litière, le sol gratté et si possible décapé à haute pression ou du moins à grande eau additionnée de détergent et de beaucoup d’huile de coude pour enlever toute trace de matière organique. Il semble que la méthode de désinfection la plus efficace pour les détruire soit la chaleur. C’est pourquoi il est conseillé de désinfecter les sols par l’épandage de chaux vive qui sera « éteinte », c'est-à-dire mouillée pour provoquer un développement de chaleur. Il y a certaines précautions à prendre lors de la manipulation de ces désinfectants. Ensuite, disposez une couche de paille saine, épaisse et bien tassée afin de constituer un « rempart » entre les poussins et le sol.
Malgré toutes ces précautions, le risque de contamination n’est pas nul et s’amplifie quand les animaux ont accès à un parcours, par nature difficilement désinfectable (à ce sujet néanmoins, vous pouvez employer de la chaux sur le pourtour des bâtiments et drainer avec du gravier, du sable les zones les plus abîmées).
C’est pourquoi est née l’idée de développer des vaccins. Il n’en existe que deux à l’heure actuelle, fabriqués par le même laboratoire. Ces vaccins contiennent des formes vivantes appartenant à plusieurs espèces de coccidies rencontrées chez la Poule mais « travaillées » pour se multiplier sans engendrer de maladie. Le Paracox® 5 contient 5 espèces de coccidies de la Poule et le Paracox® 8 contient les 7 espèces de coccidies de la Poule (une est en double). L’accès à ce vaccin est relativement difficile et se fait directement auprès du laboratoire fabriquant. Comme pour tous les vaccins, c’est le conditionnement par 1000 doses minimum qui est problématique pour nos petits élevages. Le problème est d’autant plus grand que ce vaccin est très cher. Pour des animaux à durée de vie très longue, il est préférable d’utiliser le Paracox® 8. Si les animaux restent sur un même parcours, dans un même bâtiment, il est probable qu’ils puissent entretenir leur immunité sans avoir recours à des rappels. Néanmoins, le coût éleveur des 1000 doses peut être évalué au minimum à 170€ ! Pour vacciner 50 poulets – ce qui est déjà une belle bande ! – il faudrait donc prévoir un budget de pas moins de 3,40 € /poulet : c’est impensable à mon avis.
Le prix élevé du vaccin a conduit les producteurs de poulet de chair standard à poursuivre la prévention contre les coccidies par une méthode employée de longue date : la distribution dans l’aliment de facteurs anticoccidiens. Il s’agit d’additifs et non de médicaments vétérinaires à proprement parler, ce qui explique que leur distribution dans l’aliment n’est pas soumise à prescription. Ils font néanmoins l’objet d’une mention obligatoire sur l’étiquette du sac d’aliment. Il existe divers programmes pour la distribution de ces additifs anti-coccidiens : utilisation d’un seul additif pour tous les lots de poulets élevés dans une même structure pendant une période donnée, alternance sur une même bande de deux additifs anticoccidiens… L’objectif est de prévenir l’apparition de résistances à ces anti-coccidiens. Cette chimio-prévention dans l’aliment n’est cependant pas toujours suffisante pour empêcher le développement des coccidies, voire l’apparition d’une coccidiose clinique, et les éleveurs doivent parfois avoir recours également à des traitements ponctuels dans l’eau de boisson. Les aliments démarrage complets distribués dans les coopératives pour l’élevage des petits lots de poulets peuvent également contenir un additif anti-coccidien. L’efficacité de cette prévention est sujette à caution du fait de l’absence de programme alternatif à l’échelle des petits élevages amateurs : dans ce cadre précis, les aliments supplémentés avec un additif anti-coccidien ne doivent donc pas systématiquement avoir votre préférence. Face à la rigidité bureaucratique des commissions européennes sur le médicament et les productions animales, les additifs anti-coccidiens – déjà en nombre très réduit – sont amenés à disparaître à l’horizon 2012. Ceci promet encore de graves crises sanitaires en volaille de chair, mais il s’agit là d’un autre débat !...
La prévention des coccidioses sous toutes leurs formes dans nos petits élevages, passera donc, outre l’hygiène, par l’utilisation de médicaments vétérinaires (ordonnance obligatoire) dont la fonction première est de guérir des coccidioses cliniques. Ces molécules sont au nombre de trois : la Sulfadiméthoxine (plusieurs médicaments disponibles, demandez conseil à votre vétérinaire), l’Amprolium (Némaprol® seul nom déposé) et le Toltrazuril (Baycox® seul nom déposé). Mon discours n’est pas ici de vous orienter sur l’un ou l’autre de ces médicaments. Chaque élevage à ses spécificités en termes sanitaire et technique. Sachez néanmoins que la Sulfadiméthoxine est un anti-infectieux, susceptible à ce titre de posséder une action sur certaines bactéries également. Il faut également prendre en compte l’aspect pratique de la distribution : apport dans une eau de boisson parfaitement saine qui doit être la seule source d’abreuvement pendant tout le traitement. Or un traitement à base de Sulfadiméthoxine dure 5 jours, un à base d’Amprolium, 7 jours, contre 2 jours pour le Toltrazuril.
Dès qu’un diagnostic de coccidiose clinique est posé, il faut donc appliquer un de ces traitements très rapidement. Dans le cadre de la prévention, je prends l’option d’appliquer un traitement anti-coccidien à chaque lot vers 21 jours afin de réduire la pression et donc l’impact sub-clinique sur la croissance et l’état de santé général. Elevant peu de lots par an, j’utilise toujours la même molécule. J’agirai probablement différemment si je devais faire se succéder un plus grand nombre de lots dans un même local de démarrage.
La démarche la plus intéressante scientifiquement serait d’effectuer un suivi de la pression d’infection des coccidies sur chaque lot de poulets. Or ce diagnostic passe par l’examen de la paroi du tube digestif et un grattage puis examen au microscope de cette muqueuse ; ceci implique le sacrifice de plusieurs animaux et reste peu envisageable sur de petits effectifs. La coproscopie – observation et dénombrement des coccidies dans un échantillon de fientes – est possible, ne nécessite pas le sacrifice d’animaux mais n’a de valeur que s’il est effectué régulièrement sur une même bande pour tenir compte de l’évolution du nombre de coccidies : un nombre de coccidies à un temps T pris individuellement n’a guère de valeur. Une telle étude est lourde à mettre en place quoique passionnante ; pourquoi pas un grand projet pour le CSRaN !...
Enfin, toute initiative prise dans le sens du soutien de l’état de santé général des animaux ou de la qualité de l’eau de boisson distribuée est bénéfique pour la prévention du développement des coccidies. Songez à la qualité de l’alimentation distribuée à vos animaux, à la gestion de l’ambiance d’élevage, aux vaccinations. Distribuez une eau saine, additionnée de vinaigre d’alcool à hauteur de 1mL/Litre pour acidifier le contenu digestif. Il existe également des substances à base de plantes qui peuvent avoir un impact sur les coccidies dans certains élevages : demandez conseil à votre vétérinaire.
Il faut apprendre à vivre avec les coccidies mais ne pas négliger leur impact sur la Poule quelque soit le mode d’élevage.

Résumé : les coccidies sont des parasites microscopiques. Certaines espèces sont spécifiques de la Poule. Ces coccidies possèdent des formes de résistance dans le milieu extérieur. La Poule se contamine par le bec en ingérant ces formes de résistance présente sur le sol. L’âge critique se situe entre 3 et 7 semaines mais le risque existe quelque soit l’âge. Les coccidioses cliniques sont parfois mortelles mais il ne faut pas non plus négliger l’impact des coccidioses sub-cliniques. Le diagnostic passe par un examen de la muqueuse digestive après sacrifice. Les vaccins existants sont efficaces mais trop chers pour de petits élevages. Les additifs anti-coccidiens présents dans les aliments démarrage sont insuffisants pour la maîtrise des coccidies. La prévention passe par l’hygiène du sol, de l’eau de boisson et l’utilisation de médicaments anti-coccidiens vers 21 jours.